Installation de panneaux solaires photovoltaïques sur une toiture française avec orientation optimisée
Publié le 18 mars 2024

La meilleure orientation pour vos panneaux solaires n’est pas toujours celle qui produit le plus de kWh, mais celle qui s’aligne parfaitement sur votre courbe de consommation pour maximiser votre rentabilité.

  • Une configuration Est-Ouest, bien que produisant 15% de moins, peut augmenter votre taux d’autoconsommation de 6% et s’avérer plus rentable qu’une orientation plein Sud.
  • Les micro-onduleurs ne sont pas un luxe mais une nécessité technique pour neutraliser l’impact dévastateur de l’ombrage partiel, qui peut réduire la production d’une chaîne entière jusqu’à 40%.

Recommandation : Avant toute décision sur la géométrie de votre installation, exportez et analysez votre courbe de charge Linky sur 12 mois. C’est la donnée fondamentale qui dictera l’arbitrage entre production maximale et autoconsommation optimisée.

La quête du rendement maximal est au cœur de tout projet photovoltaïque. Pour beaucoup, l’équation semble simple : une orientation plein Sud avec une inclinaison de 30 à 35 degrés serait le graal pour capter le maximum d’énergie solaire. Cette règle, bien que fondée sur un principe physique juste, est une simplification qui omet la variable la plus importante de l’équation économique : votre propre consommation. Dans un contexte où le prix de l’électricité ne cesse de grimper et où l’autoconsommation devient le principal levier de rentabilité, la question n’est plus seulement « comment produire le plus ? », mais bien « comment produire au bon moment ? ».

Ce paradigme change tout. Il nous invite à dépasser la simple analyse du productible théorique pour nous concentrer sur la valeur réelle de chaque kWh généré et consommé sur place. L’optimisation ne réside plus dans une formule unique mais dans un arbitrage technique précis entre l’orientation, l’inclinaison, la technologie des onduleurs et, surtout, le profil de consommation de votre foyer ou de votre entreprise. Ignorer cette complexité, c’est risquer de concevoir une installation parfaitement productive sur le papier, mais décevante en termes d’économies réelles sur votre facture.

Et si la véritable clé pour gagner 20% de rentabilité ne résidait pas dans l’ajout de panneaux, mais dans une conception géométrique et technologique plus intelligente ? Cet article, conçu comme un guide de bureau d’études, vous propose de déconstruire les idées reçues. Nous analyserons, données à l’appui, les compromis entre différentes orientations, comment corriger des contraintes architecturales, et comment les technologies actuelles permettent de transformer les faiblesses d’un site en atouts pour l’autoconsommation.

Pour vous guider à travers cette analyse technique, cet article est structuré en plusieurs points clés. Du comparatif géographique à l’impact de l’ombrage, en passant par les stratégies d’autoconsommation avancées, nous aborderons chaque facette de l’optimisation photovoltaïque.

Quelle orientation et inclinaison pour maximiser la production à Paris vs Marseille ?

L’optimisation géométrique d’une installation photovoltaïque est avant tout une question d’adaptation à la latitude. Le gisement solaire n’est pas uniforme sur le territoire français, et ce qui est optimal pour une ville ne l’est pas nécessairement pour une autre. La comparaison entre Paris et Marseille est emblématique de cette réalité : le soleil n’y a ni la même hauteur ni la même puissance. Concrètement, l’irradiation annuelle à Marseille est significativement supérieure, offrant un potentiel de production exceptionnel. Selon les données PVGIS, Marseille peut atteindre un rendement de 1400 à 1500 kWh/kWp/an, tandis qu’à Paris, il faut s’attendre à 15 à 20% de production en moins pour une installation identique, en raison d’un ensoleillement moins généreux.

Cette différence de latitude a une conséquence directe sur l’angle d’inclinaison optimal pour maximiser la production annuelle. À Marseille, où le soleil est plus haut dans le ciel, une inclinaison relativement faible, autour de 30 degrés, est idéale. Elle permet de capter au mieux le rayonnement solaire tout au long de l’année. En revanche, à Paris, le soleil étant plus bas sur l’horizon, une inclinaison plus forte, autour de 35 à 40 degrés, est nécessaire pour que les rayons du soleil frappent les panneaux de manière plus perpendiculaire, notamment durant les mois d’hiver où le soleil est le plus bas.

Cette distinction n’est pas anecdotique. Pour un installateur ou un bureau d’études, appliquer une règle générique de « 30 degrés partout » serait une erreur technique. Le calcul précis via un outil comme PVGIS, en entrant l’adresse exacte du projet, permet de définir l’angle qui maximise le productible annuel. Ajuster l’inclinaison de 35 à 38 degrés pour un projet en Île-de-France peut ainsi permettre de récupérer plusieurs points de pourcentage de production par rapport à une inclinaison standard, optimisant ainsi la rentabilité globale de l’investissement sur 25 ans.

Pourquoi une toiture est-ouest produit moins mais rapporte plus en autoconsommation ?

Le dogme du « plein Sud » pour une production maximale est techniquement juste, mais économiquement discutable dans un modèle d’autoconsommation. Une orientation plein Sud génère un pic de production très concentré entre 11h et 15h, un moment où la consommation domestique est souvent à son plus bas. Le surplus produit est alors injecté sur le réseau, avec une valorisation souvent faible. À l’inverse, une orientation Est-Ouest, bien qu’elle sacrifie 15 à 20% de production annuelle totale, présente un avantage stratégique majeur : sa courbe de production est beaucoup plus large et mieux synchronisée avec les habitudes de vie modernes.

Une installation Est-Ouest commence à produire significativement dès le lever du soleil (pan Est) et continue jusqu’à son coucher (pan Ouest). Cela correspond précisément aux deux pics de consommation d’un foyer typique : le matin (petit-déjeuner, appareils en marche) et la fin de journée (retour du travail, dîner, éclairage, recharge du véhicule électrique). En produisant de l’électricité au moment où on en a le plus besoin, on maximise l’autoconsommation directe. Des études montrent qu’une installation est-ouest génère un gain de taux d’autoconsommation de 6% en moyenne par rapport à une orientation Sud. Ce gain peut être bien supérieur pour les foyers avec des usages décalés ou des besoins de recharge de véhicule électrique en fin de journée.

Étude de cas : Optimisation de l’autoconsommation avec une orientation Est-Ouest

L’exposition Est-Ouest permet de maximiser la puissance installée sur une toiture à deux pans et de mieux capter l’énergie lumineuse le matin et le soir. Cette caractéristique la rend particulièrement adaptée à l’autoconsommation, car elle est en phase avec les pics de consommation domestique. Le matin, les panneaux Est couvrent les besoins du lever ; en fin de journée, les panneaux Ouest prennent le relais, ce qui est idéal pour des usages comme la recharge de véhicules électriques ou l’alimentation de ballons d’eau chaude, moments où le réseau est le plus sollicité.

L’arbitrage est donc clair : faut-il privilégier un maximum de kWh produits (Sud) ou un maximum de kWh utiles et économisés (Est-Ouest) ? Pour un propriétaire cherchant à réduire sa facture, la seconde option est souvent plus rentable. Chaque kWh autoconsommé est une économie directe basée sur le prix d’achat de l’électricité (autour de 0,25€/kWh), tandis que le kWh vendu en surplus est racheté à un tarif bien moindre (autour de 0,13€/kWh). Ainsi, même en produisant moins, une installation Est-Ouest peut générer des économies annuelles supérieures à une installation Sud, car elle réduit la dépendance au réseau aux heures les plus chères.

Comment corriger une pente de toit de 15° pour gagner 15% de production ?

Une pente de toiture faible, notamment inférieure à 20°, représente un défi technique pour l’optimisation photovoltaïque. Si une inclinaison de 15° est courante pour les toits en bac acier ou certaines extensions, elle est loin de l’optimum de 30-35° nécessaire en France pour une production annuelle maximale. Un tel angle sub-optimal entraîne deux problèmes majeurs : une perte de productible directe due à un angle d’incidence des rayons solaires moins favorable, et un auto-nettoyage insuffisant. La pluie ne parvient pas à évacuer efficacement les poussières, pollens et autres dépôts, ce qui crée une couche d’encrassement qui peut encore réduire la production. Un écart de 20° par rapport à l’angle optimal peut déjà entraîner 6% de perte de production selon les données de production solaire en France, sans même compter l’effet de l’encrassement.

Heureusement, il est techniquement possible et souvent rentable de corriger cette pente. La solution consiste à utiliser des systèmes de rehausse ou des supports spécifiques qui viennent s’intercaler entre la toiture et les panneaux solaires. Pour les toitures-terrasses (pente quasi-nulle), des bacs lestés ou des châssis orientables permettent de régler l’inclinaison précisément à l’angle désiré. Pour les toitures déjà inclinées mais insuffisamment, des équerres de rehausse réglables (de marques comme K2 Systems ou Renusol) peuvent être fixées sur la charpente pour surélever la partie arrière des panneaux et atteindre l’angle cible de 30-35°.

La mise en œuvre de cette correction permet un gain de production significatif, pouvant atteindre 10 à 15% selon la pente initiale et la latitude. Cependant, cette opération a un coût (environ 800 à 1000€ de surcoût matériel et main d’œuvre pour une installation de 3 kWc) et des implications administratives. Il est impératif de vérifier que cette modification de l’aspect extérieur de la toiture est conforme au Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la commune.

Plan d’action pour la correction d’inclinaison

  1. Identifier votre pente actuelle : Mesurer l’inclinaison de votre toiture avec un inclinomètre ou faire appel à un professionnel pour une évaluation précise.
  2. Choisir le système de rehausse adapté : Sélectionner des équerres de rehausse pour toitures inclinées (type K2, Renusol) ou des supports orientables pour toitures plates afin d’atteindre l’angle optimal de 30-35°.
  3. Vérifier la conformité administrative : Consulter le Plan Local d’Urbanisme (PLU) de votre commune pour s’assurer que la modification de la hauteur ou de l’aspect du toit est autorisée.
  4. Valider la couverture assurantielle : S’assurer que l’intervention est bien couverte par l’assurance décennale de l’installateur certifié RGE, car elle touche à la structure et à l’étanchéité.
  5. Calculer le retour sur investissement : Évaluer si le surcoût des supports (environ 800-1000€) sera amorti par le gain de production estimé (environ 15%) sur la durée de vie de l’installation, en tenant compte du prix du kWh.

L’erreur qui réduit la production de 40% : ignorer l’ombrage d’un arbre ou d’une cheminée

L’ombrage, même partiel et temporaire, est l’ennemi numéro un de la production photovoltaïque. L’erreur la plus coûteuse est de le sous-estimer, en pensant qu’un peu d’ombre sur un seul panneau n’a qu’un impact localisé. Avec un onduleur de chaîne standard (onduleur central), c’est tout le contraire. Les panneaux sont connectés en série, comme une guirlande de Noël. Si une seule cellule d’un seul panneau est ombragée, sa production chute drastiquement, et elle se comporte comme un goulot d’étranglement qui limite le courant de toute la chaîne de panneaux. Une simple ombre portée par une cheminée, une antenne ou une branche d’arbre peut ainsi réduire la production de l’ensemble de la série de 30 à 40%, voire plus, pendant toute la durée de l’ombrage.

Sur une installation classique à onduleur central, une seule zone ombragée peut pénaliser toute la chaîne, parfois même l’ensemble du champ solaire. Si l’ombrage coûte plus de 10 % de production annuelle, les micro-onduleurs sont systématiquement recommandés.

– Local Travaux, Guide ombrage et panneaux solaires

La solution technique à ce problème est aujourd’hui mature et éprouvée : il s’agit des micro-onduleurs ou des optimiseurs de puissance. Au lieu d’un seul onduleur central, chaque panneau (ou paire de panneaux) est équipé de son propre micro-onduleur. Les panneaux deviennent ainsi indépendants les uns des autres. Si l’un d’eux est ombragé, seul sa production individuelle est affectée, tandis que les autres continuent de produire à leur plein potentiel. Cette technologie permet de « dé-risquer » la production et de récupérer une part substantielle de l’énergie autrement perdue. En effet, les micro-onduleurs et optimiseurs permettent de réduire les pertes de 15 à 25% liées à l’ombrage par rapport à une installation classique.

L’analyse précise des masques solaires est donc une étape cruciale de la conception. Un bureau d’études utilisera des logiciels spécialisés (comme PVSol ou Archelios) pour simuler la course du soleil tout au long de l’année et visualiser l’impact de chaque obstacle (bâtiments voisins, végétation, éléments de toiture). Si des ombrages inévitables sont identifiés, l’arbitrage en faveur des micro-onduleurs devient une évidence économique, malgré leur surcoût initial. Ignorer cette analyse, c’est prendre le risque d’une installation sous-performante et d’un client déçu.

Quand nettoyer vos panneaux solaires pour maximiser le gain sans gaspiller d’eau ?

La question du nettoyage des panneaux solaires est souvent traitée de manière trop générale. La nécessité et la fréquence de cette opération dépendent en réalité de trois facteurs clés : l’inclinaison de votre toiture, votre environnement géographique et la saison. Le principe de base est que pour toute installation avec une inclinaison supérieure à 15°, les pluies régulières assurent un auto-nettoyage naturel très efficace dans la plupart des régions françaises. Dans ce cas, un nettoyage manuel ou professionnel n’est que rarement justifié économiquement, sauf en cas d’encrassement exceptionnel.

En revanche, plus l’inclinaison est faible, plus les dépôts s’accumulent. Une étude montre qu’une implantation à plat accumule de la poussière ce qui entraîne 10% de réduction de production par rapport à des panneaux inclinés à 30°. L’environnement joue également un rôle crucial. Les installations en zone agricole (comme la Beauce après les récoltes), en zone littorale (embruns salins), en zone urbaine dense (pollution) ou à proximité de zones boisées (pollens, résines) sont beaucoup plus sujettes à l’encrassement. Un cas particulier notable est celui du sud de la France, régulièrement touché par des pluies de sable du Sahara qui laissent une fine pellicule opaque et réduisent visiblement la production.

Le calendrier de nettoyage doit donc être stratégique et non systématique. Voici une approche raisonnée pour la France :

  • Printemps (Mars-Mai) : C’est le nettoyage le plus important. Il est prioritaire après la période des pollens, notamment dans les régions boisées comme les Landes, et indispensable dans le Sud après les épisodes de sable saharien pour aborder la période de production maximale avec des panneaux propres.
  • Été (Juin-Août) : Le nettoyage n’est requis que si un encrassement visible (fientes d’oiseaux, dépôts) est constaté. Si une intervention est nécessaire, il faut la réaliser très tôt le matin ou tard le soir pour éviter un choc thermique sur le verre des panneaux, qui pourrait l’endommager.
  • Automne (Septembre-Novembre) : Recommandé dans les zones de grande culture après les moissons pour éliminer les poussières. Partout ailleurs, il s’agit surtout de retirer les feuilles mortes qui peuvent créer des points chauds et des ombrages.
  • Hiver (Décembre-Février) : Le nettoyage à l’eau est à proscrire par temps de gel. Seul le retrait d’une épaisse couche de neige peut être envisagé, avec des outils adaptés pour ne pas rayer les panneaux.

La règle d’or reste de mesurer avant d’agir. Surveillez votre production via votre système de monitoring. Si vous observez une baisse anormale et inexpliquée par la météo, une inspection visuelle s’impose. N’investissez dans un nettoyage professionnel que si la perte de rendement mesurée dépasse 7 à 8%, seuil à partir duquel l’opération devient rentable.

Pourquoi une toiture plein sud rapporte 400 €/an de plus qu’une toiture est-ouest ?

Cette question, posée ainsi, est un excellent exemple de la confusion entre productible et rentabilité. Si l’on ne considère que la vente totale à EDF Obligation d’Achat (OA), l’affirmation est juste : une toiture plein Sud, produisant le maximum de kWh, générera un revenu supérieur. En effet, les orientations est et ouest entraînent une perte réelle de 15 à 20% de la production totale par rapport à un plein Sud optimisé. Sur une installation de 3 kWc, cela représente une perte de 450 à 600 kWh par an. À un tarif de rachat de 0,13 €/kWh, le manque à gagner est d’environ 60 à 80 €. Le chiffre de 400€ est donc exagéré dans ce contexte et ne s’applique qu’à de très grandes installations ou des scénarios très spécifiques.

Cependant, le modèle de la vente totale est de moins en moins pertinent pour les particuliers. La véritable rentabilité se joue aujourd’hui en autoconsommation. Dans ce scénario, le tableau s’inverse complètement. Il faut comparer ce que l’on économise, et non ce que l’on vend. Le calcul est simple : chaque kWh autoproduit représente une économie de 0,22 à 0,25€ (le prix du kWh que vous n’achetez pas au réseau). Une installation Est-Ouest, en produisant aux heures de consommation, maximise ces kWh « chers » évités, même si sa production totale est inférieure.

Le tableau suivant, basé sur une analyse comparative, illustre cet arbitrage crucial pour une installation de 3 kWc et un foyer avec des pics de consommation matin et soir.

Comparaison rentabilité orientation Sud vs Est-Ouest selon profil de consommation
Critère Orientation Plein Sud Orientation Est-Ouest
Production annuelle (installation 3 kWc) 3600-4000 kWh 3000-3400 kWh (-15 à -20%)
Taux d’autoconsommation moyen 30-40% 40-50% (+6% en moyenne)
Profil de production Pic concentré 11h-15h Production lissée 8h-19h
Optimal pour revente totale EDF OA OUI (maximise la production) NON (production inférieure)
Optimal pour autoconsommation Moyen (pic hors usage domestique) OUI (aligné sur pics matin/soir)
Rentabilité avec tarif bleu EDF (0,25€/kWh) Économie annuelle : ~300€ Économie annuelle : ~320-340€
Compatibilité recharge VE en journée Très bonne (12h-16h) Excellente (8h-18h étendu)

La conclusion est sans appel : pour un projet en autoconsommation, une orientation Est-Ouest bien dimensionnée est souvent plus rentable qu’une orientation plein Sud. Elle génère plus d’économies sur la facture, car la valeur du kWh autoconsommé est bien supérieure à celle du kWh revendu. La question initiale est donc un piège : une toiture plein Sud ne « rapporte » pas plus, elle « produit » plus. La nuance est fondamentale pour un conseil avisé.

Comment dimensionner vos panneaux solaires en fonction de votre courbe de charge Linky ?

Le dimensionnement d’une installation photovoltaïque en autoconsommation est un exercice d’adéquation entre une courbe de production (l’offre) et une courbe de consommation (la demande). À l’ère du numérique, l’outil le plus puissant et le plus précis pour connaître cette demande est le compteur Linky. Ignorer les données qu’il peut fournir, c’est comme naviguer sans boussole. La courbe de charge, disponible gratuitement via l’espace client Enedis, est un enregistrement à pas de 30 minutes de votre consommation réelle sur une année entière. C’est la véritable « carte d’identité » énergétique de votre foyer.

L’analyse de ces données permet de dépasser les estimations et les profils types pour travailler sur du concret. Elle révèle vos pics de consommation, la hauteur de votre « talon » de consommation (la puissance minimale consommée en permanence), et la saisonnalité de vos usages. Cette information est cruciale pour faire l’arbitrage technique entre une orientation Sud (pic de production à midi) et une orientation Est-Ouest (production étalée).

En superposant votre courbe de consommation Linky avec différentes simulations de production (générées via PVGIS pour diverses orientations), vous pouvez calculer précisément le taux d’autoconsommation que vous obtiendriez pour chaque scénario. L’objectif est de trouver la configuration qui maximise la surface de superposition entre les deux courbes. Si vos données Linky montrent des pics importants à 8h et 19h et un creux à midi, une orientation Est-Ouest sera sans doute la plus pertinente. Si au contraire vous avez des usages importants en milieu de journée (recharge de véhicule électrique à domicile, par exemple), le plein Sud conservera son intérêt.

Votre feuille de route pour dimensionner avec Linky

  1. Étape 1 : Exporter vos données Linky : Connectez-vous à votre espace client Enedis, accédez à la rubrique ‘Suivre ma consommation’, puis téléchargez vos données de consommation horaire (ou à la demi-heure) sur les 12 derniers mois au format CSV.
  2. Étape 2 : Identifier vos pics de consommation : Analysez ce fichier dans un tableur (Excel, Google Sheets) pour visualiser votre consommation journalière type et repérer les heures où votre demande en énergie est maximale (souvent 7h-9h et 18h-21h).
  3. Étape 3 : Simuler la production avec PVGIS : Sur le site de l’outil PVGIS en version française, entrez votre adresse, la puissance envisagée, et testez différentes orientations (Sud, Est, Ouest, Est-Ouest) pour télécharger les courbes de production horaire correspondantes.
  4. Étape 4 : Croiser production et consommation : Dans votre tableur, superposez votre courbe de consommation Linky et les différentes simulations de production PVGIS, heure par heure, pour une journée type par saison.
  5. Étape 5 : Choisir l’orientation et la puissance optimales : Calculez le taux d’autoconsommation pour chaque scénario (énergie produite et consommée sur place / énergie totale produite). La meilleure configuration est celle qui maximise ce taux, et donc vos économies réelles.

À retenir

  • L’optimisation absolue est un mythe : la meilleure configuration est un arbitrage entre gisement solaire local (latitude), contraintes du site (pente, ombrage) et profil de consommation (courbe de charge).
  • Autoconsommation vs Vente : La rentabilité d’une installation Est-Ouest, bien que moins productive, surpasse souvent celle d’une installation plein Sud car elle aligne la production sur les heures de consommation chères.
  • La technologie au service de la performance : les micro-onduleurs sont la réponse technique indispensable pour neutraliser les pertes liées à l’ombrage partiel, transformant une contrainte majeure en un problème gérable.

Comment couvrir 70% de vos besoins électriques en autoconsommation sans revente EDF ?

Atteindre un taux d’autoconsommation de 70% est un objectif ambitieux qui marque un pas significatif vers l’autonomie énergétique. Il est illusoire de penser y parvenir uniquement par l’orientation des panneaux. Cela requiert une approche systémique combinant quatre piliers : une production intelligente, du stockage, un pilotage des consommations et un dimensionnement juste. C’est la synergie de ces éléments qui permet de maximiser l’utilisation de chaque kWh produit sur site. L’objectif n’est plus de « pousser » un surplus sur le réseau, mais de le conserver et de l’utiliser en interne. Une telle stratégie peut même aller jusqu’au « zéro injection », une option validée par Enedis qui consiste à installer des dispositifs bloquant toute exportation de courant, simplifiant les démarches administratives.

La première brique est le lissage de la production via une orientation Est-Ouest, comme nous l’avons vu. La seconde, et la plus impactante, est le stockage. L’ajout d’une batterie (physique ou virtuelle) permet de capturer l’excédent de production du milieu de journée pour le restituer en soirée, lorsque le soleil ne produit plus mais que la consommation est élevée. C’est le moyen le plus direct de décaler la production pour la faire coïncider avec la demande. Avec une batterie bien dimensionnée et un pilotage intelligent, il est possible d’atteindre jusqu’à 95% d’autoconsommation avec une solution de stockage intégrée, transformant radicalement le modèle économique de l’installation.

Le troisième pilier est le pilotage actif des charges. Grâce à la domotique, il est possible de déclencher automatiquement les appareils les plus énergivores (chauffe-eau, borne de recharge de véhicule électrique, lave-linge, pompe de piscine) pendant les heures de forte production solaire. Plutôt que de stocker l’énergie, on déplace la consommation. Un gestionnaire d’énergie peut ainsi lancer le ballon d’eau chaude à 14h plutôt qu’à 4h du matin, utilisant l’énergie solaire gratuite. Enfin, le dimensionnement doit être adapté : pour un taux d’autoconsommation élevé, il faut éviter de surdimensionner la puissance des panneaux. Un surdimensionnement excessif génère un surplus important en milieu de journée, difficile à stocker ou à consommer, ce qui dégrade mécaniquement le taux d’autoconsommation.

En combinant ces quatre piliers (orientation Est-Ouest, batterie de 5-10 kWh, pilotage des usages et puissance de 3-4 kWc pour une consommation annuelle de 5000 kWh), atteindre 70% d’autoconsommation devient une réalité tangible. En France, cela peut représenter une économie de 800 à 1000€ par an, assurant un retour sur investissement global (panneaux + batterie) en 8 à 10 ans, en tenant compte des aides comme la prime à l’autoconsommation.

Intégrer ces quatre piliers dans votre projet est la seule voie pour atteindre un niveau d'autonomie énergétique élevé et rentable.

Rédigé par Julien Moreau, Analyste documentaire concentré sur les solutions de production et d'autoconsommation électrique, les normes d'installation et les stratégies d'optimisation énergétique résidentielle. Sa méthodologie consiste à compiler les évolutions tarifaires, exploiter les retours d'expérience d'installations réelles et simuler différents scénarios économiques selon les profils de consommation. Le but : permettre aux particuliers et gestionnaires de patrimoine d'arbitrer entre autoconsommation, revente et mix énergétique en maîtrisant les paramètres techniques et financiers réels.